Little Go girls

Sortie en salle le 9 mars 2016 – Distribution JHR films

Les go se servent de leur corps comme d’un tiroir caisse dans les ghettos d’Abidjan en espérant un peu d’autonomie. Très jeunes, analphabètes, largement musulmanes, elles fuient les violences familiales avec provocation et brutalité. Mais entre le réveil du matin et le tapin le soir, le temps façonné par l’attente et la vacuité laisse émerger une intimité qui les montre juste là, rêveuses, épuisées, incertaines.

Soudain, elles sont prêtes à affronter le déshonneur et la mort, comme à renverser soudain leur mode d’existence pour tenter de gagner un peu de dignité́ à travers un nouveau projet de vie, la Casa des Go. De nouvelles difficultés surgissent. Qui en sortira vraiment ?

*

J’ai choisi une écriture en demi silence pour redonner une humanité́ à ces proscrites perçues maudites, hurlantes, violentes dans les grammaires collectives. Loin des préjugés déterministes sur la prostitution, je me mets au niveau de leurs échappées propres, leur fragilité́ du moment entre soumission et liberté́.

Réalisation

IMAGE ET SON DE L’INTIME

Attirée par une nuque, la volute d’une clope, une chanson, des yeux troublés par la came, le réajustement d’une robe sur une hanche, une prière, je laissais les corps remplir le cadre. Des moments d’intimité rares. Elles sont là comme personne ne les voit jamais, sans chercher à plaire ou à défier. L’écriture place le regard et l’écoute au-dedans.
Ce film s’est fabriqué à l’envers. Il a commencé quand tout était terminé.

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Photos

D’abord les portraits dans les ghettos, source de ma légitimité sur le terrain. J’ai aboli l’espace pour trouver la profondeur du regard des jeunes go extraites du décor stigmatisant : elles y ont trouvé leur dignité. Ces photos grands formats ont été montrées à la Maison de métallos (Ville de Paris).

Séquences

Puis le cinéma, « chez elles », cette fois-ci j’ai aboli le temps qui restait en suspension. Sans contrainte narrative, sans dialogue. La logique discursive des mots et du raisonnement eût entravé l’émotion. Ainsi émerge une part d’elles-mêmes énigmatique en rupture avec les préjugés qui les circonscrivent à la souillure.

Les filles envahissaient chaque plan comme des aimants avec cette « beauté mystérieuse que la vie humaine place involontairement » et que l’art arrive à « tirer du transitoire » en le rendant « éternel », nous dit Baudelaire. Ces scènes n’ont pratiquement pas de chutes. Il ne m’intéressait pas d’en avoir plus : Pourquoi étaient-elles là ? Que pensaient-elles de leur vie ? Je le savais, mais j’agissais avec la puissance d’une image contre des préjugés infamants.

Sans ingénieur du son, sans producteur, sans télévision, ma liberté était totale —ce choix ne correspond qu’à ce film là— personne pour me demander un récit ou une quelconque pédagogie. Les événements pouvaient émerger imprédictibles, en « bulles. » A cette époque j’entrevoyais la possibilité d’une diffusion dans un musée qui s’est finalement traduite par une deuxième expérience avec la Maison de métallos.

Reportage

Le troisième volet survint avec le reportage sur le projet social de la Casa des go dont le seul but était la trace mémorielle. Parmi les heures de rushes, les scènes âpres liées aux petites bonnes ont été exhumées pour prévenir une interprétation édifiante : Belles, innocentes et malheureuses ! Les tensions montrent leur furieuse envie de s’en sortir quitte à écraser de plus petites qui se mettent à leur service.

Le film est né à la fin de mon cheminement qui se sédimentait, rendant évident mon inclusion à l’expérience, loin de l’imposture de la science objective. Une ethnologie et une histoire subjective du regard qui entre pleinement à l’intérieur du regard des autres.

Le tour des facettes accompli par le film, il reste de très jeunes femmes en peur et en tentatives d’émancipation : ni irrécupérables à bannir, ni miséreuses irresponsables.
Un projet s’écrit toujours une fois achevé.

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Making-off

MUSIQUE ET SONS AVEC ERIC THOMAS

Pour les avoir photographiées sur des sites de prostitution, je sais le silence, porteur de douceur et de vie, l’expression de l’être qui souffre ou résiste et qui n’a pas toujours envie de s’exposer.
Quand une jeune fille s’ouvre a moi dans sa fragilité, je veux entendre ses gestes, sa brosse a cheveux, son enfant : avoir le son de mes yeux.

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Or le bruit extrême des quartiers précaires brouille ma perception, ou plutôt, je vois une fille de la zone alors que je veux sortir les héroïnes des qualifications infamantes qui les détruisent dans leurs relations profondes au monde. J’ai tout de suite abandonné le son synchrone préférant une partition sonore qui empreinte à une vérité intérieure. Il a fallu postsynchroniser les voix en studio. Les go regardaient leurs scènes et reproduisaient ce qu’elles avaient dit en s’amusant beaucoup avec Eric Thomas qui est venu deux fois à Abidjan. Il a aussi enregistré des ambiances et des sons de femmes au marché, en cuisine, en maquillage, comme leurs voix, leur pas, leurs bracelets tintinnabulants, etc.

Feed back : nouvelles paroles, nouveaux regards

Trois ans plus tard, en 2016, les quatre filles restées en relation avec moi s’en étaient sorties. Elles ont regardé le film et se sont revues au ghetto. Leurs portraits qu’elles avaient tant aimés, une fois associés aux photos de la saleté du ghetto, les a déstabilisés. Effet Kuleshov ? Elles se sont qualifiées dans ces images comme « un animal de brousse », « une macaque », « un chien qui a pas mangé »…

La notion de « sauvage » s’est déplacée et c’est l’image civilisée de la Casa qui a recueilli leur faveur, « la preuve qu’on peut changer » dit une de ces « irrécupérables ».

Ces formes du visuel ont évolué avec l’accompagnement de leur volonté d’émancipation. Une fois la distance salvatrice posée, il leur été possible parler, de « tout dire ». Parce que c’est derrière. Parce que la peur du regard des autres cesse d’être paralysante.

La musique d’Eric Thomas qui a travaillé en Côte d’Ivoire et en France accompagne le mouvement intérieur de la bande son.


Composition de la musique avec Marie-Ange Coulibaly

Recherche des sons dans la ville

Post synchronisation

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Petites bonnes et corruption

L’ECOLE INUTILE AUX FILLES

Une malmenée trouvera toujours de plus faibles qu’elle dans un système de dépendance qui s’étend a toutes les relations dans un monde ou chacun est dans son chacun. Inch Allah !

Suite…

Au troisième acte du film, les go sont soutenues dans leur désir d’émancipation. Avec l’argent des photos, un appartement est loué dans le centre ville. Dix filles intègrent le nouveau projet de la Casa des go [voir Go Humanitaire]. Mais une fois sorties du ghetto, elles abandonnent leurs corvées à des fillettes déscolarisées, comme elles. Le droit d’antériorité qu’elles ont aussi connu, normalise l’assujettissement des plus jeunes : chaque nouvelle génération se met au service de ses aînés. Ces valeurs, encore très présentes, ne se construisent plus avec les mêmes contraintes.

Argent

Les go suivent avec avidité les téléfilms publicités, clips qui célèbrent footballeurs, milliardaires, Jet Set… Les en « haut de haut », comme on dit, projettent des modèles individualistes centrés sur l’argent comme accomplissement de soi.

L’asservissement de plus jeunes dont on peut imaginer qu’elles prendront le même chemin que leurs ainées transforme les héroïnes du beau et du courage en personnages guidés par leurs seuls intérêts. La dramatisation soudaine du premier fil narratif, presque contemplatif, nous amène a toucher la complexité de mondes souvent rabattus de manière unidimensionnelle à la zone, au sexe, au trash ou alors, ils sont réévalués par le story telling pourvoyeur d’histoires époustouflantes qui recycle la misère pour en faire de faux résultats programmes humanitaires dont on sert aussi pour vendre les suivants.

Corruption

L’extrême corruption de la société se traduit par une croissance des formes de servitude autour d’un clientélisme. L’enchevêtrement de dépendances qui s’étendent à toutes les relations rend l’accès au politique inextricable et la notion de citoyenneté a du mal à se constituer, à côté d’un individualisme mythifié Cela maintient une réserve de servitudes quasi infinie. En particulier dans les quartiers précaires où des familles, en proximité sommaire avec le Coran, pensent l’école inessentielle aux filles, vouant celles-ci à des tâches ancillaires dans des conditions souvent atroces.

Les bonnes filles vont au paradis, les mauvaises où elles veulent

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Revue de presse

QUELQUES EXTRAITS

« Abidjan, un ghetto d’ordures et de sexe vite fait, mal fait. Une photographe redonne beauté aux damnées de la prostitution. Des images fortes et un film, Little Go girls. Eliane de Latour est anthropologue de formation et de conviction, il n’y a qu’a regarder ses photos pour être convaincu de sa compétence et de… son art. Une définition de l’art? mettre en abîme nos certitudes. ».
Des mots de minuit – La photo parlée – Remy Roche

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« Les gestes s’apparentent à un ballet chorégraphique. On entre dans leur vie, sans aucun voyeurisme. »
Le Monde – Clarisse Fabre

« Des petites putes filmées comme des reines de légende… La somptuosité des images, un signe d’humain à humain. »
Slate – Jean Michel Frodon

Eliane de Latour met en question avec lucidité son rôle de cinéaste, elle porte une réflexion exigeante sur la responsabilité de celui ou celle qui tient la caméra vis-a-vis de ceux ou celles qu’elles capturent.
Le Monde – Thomas Sotinel

« Filmés avec respect, ces beaux et puissants personnages illuminent ce passionnant documentaire à l’esthétique soignée qui ne saurait laisser indemne ses spectateurs. Le meilleur du cinéma engagé. »
Jeune Afrique – Renaud de Rochebrun

« Si elle a un beau passé de documentariste, texte, photo, film, c’est qu’Éliane de Latour anthropologue, s’intéresse d’abord à l’humain… Maintenant elle fictionne légèrement ses sujets, c’est le cas de Little Go girls. C’est coloré, chaud, émouvant. »
Les Inrocks

« Les couleurs resplendissent dans l’ombre, la partition d’Eric Thomas est superbe. Une plongée lumineuse au coeur des ténèbres. »
Le Canard enchaîné – D.F.

«Éliane de Latour, anthropologue et photographe, fait du destin de quelques filles de ghetto d’Abidjan, entre sexes tarifés et quête quasi impossible d’autonomie, un douloureux manifeste pour la liberté́. »
Télérama – Guillemette Odicimo

« Un film comme un long poème visuel tourné vers les visages et les corps silencieux. Elles se montrent en ne se racontant pas ; elles se racontent en se montrant.»
Radio Nova – Bintou Simporé

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