Go de nuit – Les belles oubliées

Exposition de photos

Maison des métallos, Ville de Paris

15 novembre au 15 décembre 2011

Espace Cosmopolis, Ville de Nantes

10 janvier au 13 février 2013

« Des filles de moins de 25 ans pratiquent une prostitution de survie dans l’angle mort du monde.

Eliane de Latour a photographié des jeunes femmes qui pratiquent une prostitution de survie à Abidjan. Elle s’est centrée sur des portraits posés, le jour, la nuit, à la recherche de leur subjectivité. Révélant ces belles oubliées, elle signe un fascinant geste d’anthropologie engagée.

Les « go » se sont trouvées belles dans ces photos sans fard alors qu’elles se pensent la lie de l’humanité. Certes, leur corps porte les stigmates de ce qu’elles ont vécu mais elles gardent une attitude forte devant l’objectif. Elles sont différentes de leur image sociale qui les dégrade tant, et veulent le faire savoir. »

Journal de la Maison des métallos, Novembre 2011

Exposition et livre catalogue

MISE EN LUMIERE DES CLANDESTINES

Go de nuit, Abidjan les belles oubliées

Go de nuit, Abidjan les jeunes invisibles

 

Extrait du livre p. 10

Scène fondatrice de mon arrivée au ghetto de Bel Air

« Nous arrivons sur un terrain carré nommé Bel Air, un site dit de fraîchenies [fraîches]. Je suis stupéfaite de tomber sur tant de filles si jeunes. Au fond, assis sur des bancs, les garçons, les macs1 , nous observent, quand soudain des cris jaillissent d’une maison. De l’autre côté du monticule de déchets, je vois un gaillard qui tient une fille entièrement nue en la tirant par les cheveux ; de l’autre main, il la lacère à coups de ceinturon. »

« Je m’arrête et demande ce qu’il se passe. Mes trois accompagnateurs réagissent comme un seul homme, « non, non, fais comme nous, baisse la tête, ne regarde pas ! T’as rien vu ! » ……

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« Je m’arrête et demande ce qu’il se passe. Mes trois accompagnateurs réagissent comme un seul homme, « non, non, fais comme nous, baisse la tête, ne regarde pas ! T’as rien vu ! » Sidérée par leur réaction, je leur dis que je ne peux pas faire semblant de ne pas avoir vu une scène pareille. Je me dirige vers le couple en palabres sévères. Mes compagnons me tirent en arrière : « C’est leurs histoires, faut pas regarder dedans. Ils vont décravater ! [sortir un couteau] ». Je me dégage. Contrariés, ils sont évidemment obligés de me suivre. Des nuées de filles sortant des hôtels se regroupent autour de nous. J’interroge une voisine sur la raison d’une telle violence : « Elle veut quitter son mari [mac], répond-elle, mais elle lui doit 4 000 CFA[6,5 €] ». J’arrive tout près pour demander au gars :
– Pourquoi tu la frappes ?
– Elle me doit 4 000.
Quand je sors des billets, mes gardes du corps qui virent au jaune me donnent des coups de coude. La fille continue à hurler en tremblant de la tête aux pieds. Je demande à ma voisine de chercher un pagne pour la couvrir et m’adresse au mari.
– Elle te rend tes 4 000 CFA mais tu arrêtes carrément de porter main sur elle. Je joins les mains de la fille en larmes pour glisser des billets qu’elle tend avec des hoquets vers le mac. Dès que ma voisine la recouvre d’un pagne, je la vois disparaître au milieu des gravats quand les mots du mari, désormais « divorcé », résonnent à nouveau.
– Elle me doit montre !
– Mon frère, il faut laisser ça à Dieu, lui dis-je en souriant.
Il se met à gesticuler avec hargne. Mes compagnons, enfin soulagés, entrent dans la danse pour convaincre le type d’oublier sa montre. Une demi-heure de discussion encore pour arriver à conclure dans les rires avec de grandes tapes de mains et de poings. Nous rejoignons le boulevard par une des venelles suivis d’un cortège imposant. Une fille me demande :
– Quand tu reviens ?
– Demain. »

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Un ghetto de « Freshnies »

(filles fraîches à vendre)

Les petits hôtels de passe sont démolis au fur et à mesure que les baux viennent à échéance. Les gravats sont transformés en décharge.

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Hôtel 0,8 € la chambre.
avec 2 m de papier hygiénique et une capote.

Fille 1 à 3 € – Pipe
1, 50 € – Passe
Les « professionnelles » prennent de 15 € à 30 €.
7 à 15 € la nuit, selon le client.
Sans protection, les tarifs augmentent un peu.


« Tu dégrades, tu deviens vilaine, tu fanes…
Tu dors en crocodile : tu fermes un œil, tu ouvres un œil.
T’as peur donc t’as pas le temps de te reposer.
Ici, on veille beaucoup.
Ton corps, même ta personnalité changent, tu maigris,
tu tombes régulièrement malade.
Y a tout ça dedans. Tu penses trop.
» Mélissa

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Commencement inattendu

NAFISSA

Après un temps d’errance, tout a vraiment commencé par une hésitation photographique devant le visage de Nafissa.
Elle était assise sur le seuil d’un hôtel de passe à Abidjan, dans un ghetto de « freshnies » (filles fraîches à vendre) où des filles de 10 à 24 ans se rassemblent pour trouver des clients. Elle me souriait, j’ai appuyé sur le déclencheur. Elle a pris une autre pose, j’ai suivi en silence.

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Quand le lendemain, je suis revenue avec quatre tirages sur papier, les go se sont précipitées sur moi pour me les arracher. Toutes m’ont demandé de poser. Mes modèles ont envoyé ces tirages à leurs familles dans l’ignorance de leurs activités; c’est alors que j’ai compris. A travers mes cadrages, elles retrouvaient un éclat qu’elles pensaient socialement perdu. Ces jeunes filles m’ont guidée vers l’idée d’une exposition dédiée à leur beauté et leur dignité reconnues.

En acceptant de sortir de la clandestinité, les go d’Abidjan offrent à la conscience du monde toutes celles qui existent par milliers sur les cinq continents.

Trois ans après, un livre « Go de nuit, les jeunes invisibles » et une exposition photo « Go de nuit, les belles oubliées » mettent en lumière un phénomène mondial, celui des filles qui fuient des zones de précarité ou les zones de guerre pour vendre leur corps au creux des mégapole

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Portraits

UNE IMAGE QUI RÉ-HUMANISE

Le jour

Quand leur beauté éclatante se mêle à une lueur ténébreuse, indicible, née d’une enfance du mauvais côté de la vie.

La nuit

Entre les moments de racolage. L’attente interminable. La solitude. La peur de rentrer sans argent.

 

L’instant joli ne m’intéresse pas

L’étincelle de la beauté qui me donne envie de prendre une go en photo vient de son audace à vouloir montrer qu’elle brave les assignations majoritaires, emplie d’incertitudes. Ces filles transgressent les normes, elles en souffrent mais elles ne reviendront pas à la soumission qu’elles ont endurée. Une photo comme reflet de l’estime de soi.

Bijou « L’argent gagné à la sueur de tes cuisses n’a pas d’importance. L’argent que tu gagnes à la sueur de ton front, c’est béni, parce que tu as souffert pour ça. »

Khadi « On boit l’alcool, on fume la cigarette, la drogue même. Tout ça là, c’est pour dire qu’on est dans une belle vie. Alors que nous-mêmes, on sait qu’on se détruit. Mais pour quitter dedans, c’est pas facile. C’est une vie diabolique. »

Mimi « Moi, mon rêve, c’est chanter avec un joli pagne à l’église. »

 

Revue de presse

Appuyées par une scénographie époustouflante de justesse, les photographies d’Eliane de Latour en disent plus long que bien des articles de presse sur la misère au féminin, la guerre en Afrique et la condition humaine tout court.
Mariane – Frédérique Briard

Quand on prend la peine de les regarder et de les écouter, ces femmes retrouvent une vibrante dignité.
Libération – Gilles Renault

On ressort de ce parcours sobre totalement secoué.
Télérama – Frédérique Chapuis

On est ému. Grâce à la scénographie de Mélanie Cheula et à la mise en sons d’Éric Thomas, on a l’impression de pénétrer dans les hôtels de passe de ces […] adolescentes qui, aux prises avec leurs macs, la violence, la drogue, vivent « dans l’angle mort du monde.
L’Humanité – M.J.

Sans misérabilisme, ses images instaurent un rapport à l’Afrique pertinent, urgent. Avec la rigueur de la recherche, ces portraits posés tordent le cou aux clichés.
DNA

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L’Afrique enchantée – Vladimir Cagnolari, Soro Solo Chronique de la niéce à écouter.
France Inter – Hortense Valle

Des élèves du lycée technique Nadaud en reportage. A lire.
Lycée Nadaud – Paris XIXe

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Hommage

A Ramatou et Djeneba, assassinées dans la nuit du 29 septembre 2010 et à toutes ces très jeunes femmes qui ne savent plus comment accompagner la vie.

Arrivée au ghetto de Petit Bassam, je tombe sur Ami et Kanté en larmes. Elles me racontent que la veille elles sont parties sur une pirogue avec trois autres filles, dont Djénéba et Ramatou, que je connaissais pour les avoir photographiées un an auparavant.

Comme souvent, des piroguiers sont venus les ramasser pour monter sur les grands cargos où des marins français, russes, grecs, les attendent.

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Mais cette nuit là, arrivées près d’une langue de terre, les piroguiers, bons nageurs, font basculer la coque. Aucune fille ne savait nager.

Kanté, la meilleure amie de Ramatou, et Ami s’accrochent à une corde. Kanté attrape la tête d’Ami pour l’empêcher de couler quand soudain prises dans les rouleaux, elles sont projetées sur la plage. Il n’y a aucun cargo à l’horizon; les trois autres filles ont disparu.

Kanté me demande si j’ai gardé les photos de Ramatou et de Djénéba. « Quand on sera prête, on va organiser funérailles dans village ici. On va mettre leur photo sur t-shirts et nous toutes on va porter ça pour la nuit de la cérémonie. »

Deux jours après, la mer a rendu le cadavre de Djeneba sur le sable. Elle n’avait plus de tête, ni de seins, ni de sexe. J’ai vu les photos sur un smartphone. C’était une commande pour un sacrifice dont le nombre croît, généralement en période électorale, et dont les victimes sont les enfants, les albinos, les femmes enceintes et précisément les jeunes filles « pas comptées » qui meurent «citoyennes non reconnues » sans enquête policière.

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Dossier technique de l’exposition

UNE EXPOSITION ITINÉRANTE

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Une scénographie construite sur cinq espaces.

—1— Quotidien des filles saisi sur le vif
—2— Passage vers la photo posée avec Nafissa
—3— Portraits de nuit
—4— Chambres de passe et tarifs

Partenaires


 

Dossier de presse
Maison des métallos


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Comité de parrainage


Président d’honneur
Tiken Jah Fakoly
Artiste chanteur

Jane Evelyn Atwwod
Photographe

Laure Adler
Ecrivain journaliste

Christian Boltansky
Artiste peintre

Jean-Christophe Rufin
Ecrivain. Académie française

Jean Gaumy
photographe

 

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Ed. Taam’a, Paris 2011
96 pages / Quadrichromie /
Format : 18,2 X 16,8
ISBN 978-2-9540339